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Quelles Leçons pour la Sécurité Pénitentiaire? L'Évacuation D'Urgence de Port-Cartier Dévoile Ses Secrets

Près d'un an après l'évacuation d'urgence du pénitencier de Port-Cartier en raison d'un feu de forêt, des acteurs du milieu correctionnel réclament plus de matériel de sécurité pour faciliter le transport des détenus. Toutefois, au-delà de l'urgence opérationnelle, l'enjeu soulève des questions sur l'emplacement et la nature même des établissements de détention.

Le président régional du Syndicat des agents correctionnels du Canada, Mike Bolduc, rappelle qu’en juin 2024, les 233 détenus du pénitencier à sécurité maximale avaient dû être évacués dans l’urgence alors qu’un feu de forêt menaçait la région.

Ceux-ci avaient été conduits sur des centaines de kilomètres vers d’autres établissements carcéraux. L’opération considérée risquée par le syndicat avait coûté près de 545 000 $ et nécessité le travail acharné de quelque 270 employés.

Alors que les détenus regagnaient le pénitencier de Port-Cartier, trois mois plus tard, Mike Bolduc dénonçait le nombre insuffisant de menottes et la flotte de fourgons désuète.

En raison du manque de menottes, des attaches de plastique ( tie-wraps ) avaient dû être utilisées pour le déplacement des détenus, rappelle-t-il.

À l’approche de la saison des feux 2025, il constate que certaines demandes ont été entendues. Davantage de menottes et des chaînes individuelles ont été mises à la disposition des agents pour la contention des prisonniers.

Il réclame toutefois que des gyrophares semblables à ceux des policiers soient installés sur les camions servant au transport des détenus.

Les gyrophares pendant une évacuation, c'est tout autant pour assurer la sécurité des citoyens que pour assurer notre propre sécurité quand on est sur la route , argue-t-il.

Par ailleurs, l’an dernier, un accident routier avait été évité de justesse pendant l'évacuation, rappelle Mike Bolduc.

Pénurie d'agents correctionnels

Il n’y a pas que les outils de travail qui comptent pour assurer la sécurité lors d’opérations d’urgence, estime M. Bolduc. Les effectifs doivent être suffisants, indique-t-il.

Or, le milieu carcéral n’est pas épargné par la pénurie de main-d’œuvre. Les agents correctionnels doivent régulièrement effectuer des heures supplémentaires obligatoires, ce qui essouffle les travailleurs et accentue le taux d'absentéisme, indique le représentant syndical.

Selon lui, pour améliorer la rétention, l’embauche locale doit être priorisée.

Au pénitencier de Port-Cartier, l’un des pavillons est toujours fermé depuis les feux de l’an dernier. S’il devait rouvrir, l’établissement fédéral se retrouverait en déficit de main-d’œuvre, estime Mike Bolduc.

« Laxisme » dans les mesures de sécurité

Souvent le service correctionnel, il réagit trop tard ou il n'est pas prêt , estime pour sa part l’ex-gestionnaire correctionnelle fédérale Marie-Renée Côté.

Un an après l’évacuation d’urgence, elle estime que le pénitencier portcartois où elle a travaillé au début de sa carrière n’est toujours pas prêt à gérer adéquatement une évacuation d’urgence.

Quand on travaille avec des détenus d'un niveau de sécurité maximum, il y a des choses qu'il faut vraiment faire avec prudence parce que ça peut dégénérer rapidement, ça peut être très lourd de conséquences , affirme-t-elle.

Les gyrophares réclamés par le syndicat sont des outils essentiels pour la sécurité de tous, argue-t-elle. De surcroît, ils sont demandés depuis des années par les agents correctionnels, selon elle.

Si on n'a pas appris de ce qui s'est passé, ce n’est pas raisonnable comme organisation gouvernementale , tranche-t-elle.

Une conversation nationale

Pour le sociologue et professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa Justin Piché, investir dans des mesures de sécurité supplémentaires n’est qu’une solution à court terme.

Étant donné la fréquence croissante des événements climatiques dévastateurs, investir dans les menottes et les gyrophares est financièrement irresponsable et insuffisant, croit-il.

Par ailleurs, les personnes incarcérées sont touchées par les événements climatiques extrêmes de manière disproportionnée, selon lui. [Les détenus] sont fréquemment soumis à des conditions d'enfermement plus sévères comme des lockdown au nom de la gestion d'urgence et de risques.

Je ne suis pas le premier à dire qu'un pénitencier n'aurait jamais dû être construit à Port-Cartier , ajoute-t-il. Le pénitencier situé en milieu isolé et entouré de forêt n’a pas vu sa dernière situation d’urgence, estime-t-il.

Selon lui, les gouvernements devraient considérer fermer les établissements vulnérables plutôt que de continuer à y injecter de l’argent.

Procédures renforcées

De son côté, Service correctionnel du Canada indique dans une déclaration écrite avoir renforcé ses procédures depuis l’évacuation de juin 2024.

Nous nous assurons de disposer d’équipements adaptés et en quantité suffisante pour répondre efficacement à toute éventuelle opération d’évacuation, afin de garantir que la sécurité du public, des employés et des détenus ne soit jamais compromise , écrit-on.

L’organisme fédéral ajoute que les établissements disposent du personnel et des ressources nécessaires et qu’elle continue de déployer tous les efforts requis en matière de recrutement .

Service correctionnel du Canada applique des directives pancanadiennes . L’orientation nationale est que les véhicules d’escorte ne sont pas munis de gyrophares.

Avec les informations de Charles-Étienne Drouin

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