Skip to main content

Pas de hausse d'impôts en 2026 ? L'ambigüité d'Éric Lombard sur la promesse

Le jeudi 5 juin 2025, le ministre de l’Économie Éric Lombard s’est exprimé sur France 2 au sujet du budget 2026, au cœur d’un climat économique tendu. Son intervention, très attendue, a abordé un sujet crucial : la fiscalité à venir. Si le mot d’ordre affiché est la stabilité, les signaux contradictoires envoyés ces dernières semaines laissent planer un doute. Derrière la promesse de ne pas toucher aux impôts, le gouvernement prépare-t-il une reconfiguration plus subtile mais tout aussi lourde pour les contribuables ?

Éric Lombard : la stabilité fiscale comme mantra

Lors de son passage sur France 2 , Éric Lombard a déclaré : « Il n’y aura pas de hausse d’impôt d’ensemble ». L’engagement vise à rassurer un électorat excédé par une pression fiscale toujours plus pesante. Rappelons que selon plusieurs enquêtes, une large partie des foyers fiscaux français se retrouve à découvert avant la fin du mois, voire dès la moitié du mois, à cause d'un budget grêvé par la hausse du coût de la vie et une fiscalité directe et indirecte écrasante.

Le ministre a poursuivi : « L’idée n’est pas d’augmenter les impôts ». Mais en politique budgétaire, l’intention ne suffit pas. Le même Eric Lombard a rappelé un objectif de 40 milliards d’euros d’économies à réaliser, tout en excluant l’augmentation des prélèvements obligatoires… dans leur globalité. Un jeu de sémantique bien rodé.

Pas de hausse d’impôt d’ensemble : une promesse à géométrie variable

Derrière le bouclier rhétorique, les lignes budgétaires se déplacent. Car si l’on ne touche pas à l’« ensemble », rien n’empêche d’opérer des hausses ciblées. Et ce sont ces points de détail que redoutent économistes et citoyens. Bercy envisage ainsi de tailler dans certaines niches fiscales, jugées peu efficaces. Une manière habile de « réformer » sans prononcer le mot honni de « hausse d'impôts ».

Le problème ? Toute hausse d'impôt — même mineure, même ciblée — finit par se répercuter sur les prix. Une taxe sur l’épargne ou sur les entreprises finit invariablement par se glisser dans le ticket de caisse. Un phénomène connu : la fiscalité indirecte, déguisée en inflation. À ce jeu, ce sont encore les ménages modestes qui paient les pots cassés. Où est donc la « stabilité » si l’équilibre repose sur des transferts invisibles ?

Éric Lombard : stop à la surtaxe… mais pour qui ?

Dans un souci apparent d’apaisement, le ministre a annoncé qu’« il ne reconduira pas la surtaxe exceptionnelle appliquée aux grandes entreprises ». Une décision qui pourrait sembler cohérente avec une volonté de soutenir l’investissement. Mais à contretemps politique, alors que les appels à une plus grande justice fiscale se multiplient. Faut-il comprendre que seuls les grands groupes respireront, pendant que les classes moyennes devront « s’adapter » à des dispositifs retouchés ?

Par ailleurs, le ministre a insisté : « Ce que nous avons en France, ce n’est pas un problème de niveau d’impôts […], c’est un problème de dépenses publiques ». L’argument est connu : le poids de l’État, trop dispendieux, justifierait les efforts. Mais la réalité est plus brutale : en période de ralentissement économique, ces fameuses coupes dans les dépenses finissent souvent par peser sur les services publics et les collectivités, avec un effet boomerang sur les citoyens. Pendant ce temps, les opérateurs de l'Etat, au nombre de plusieurs centaines, et les administrations, plus importantes que n'importe où en Europe, restent intouchables... et bien arrosées par l'argent du contribuable.

Le FMI, les signaux d’alerte… et le non-dit du gouvernement

Le Fonds monétaire international a récemment mis en garde la France contre une gestion budgétaire « déséquilibrée » si les ajustements nécessaires ne sont pas menés. Certains proches du gouvernement, comme François Bayrou, ont eux aussi reconnu qu’un discours trop optimiste pourrait conduire à des désillusions. À six semaines de la présentation officielle du budget, les marges de manœuvre sont minces et les contradictions criantes.

Peut-on encore croire à l’engagement d’un gel fiscal dans un pays où le déficit représente un tiers des dépenses publiques et où l’indexation des barèmes fiscaux n’a jamais pleinement compensé l’inflation ?

Les mots sont soigneusement choisis , les formules sont bien rôdées : Éric Lombard promet qu’ il n’y aura pas de hausse « d’ensemble » des impôts. Mais c’est bien cette prudente circonlocution qui doit alerter. Car si l’on excepte les hausses générales, il reste toute une palette d’ajustements possibles — niches, abattements, taxes sectorielles — pour faire rentrer de l’argent dans les caisses. Et derrière ces ajustements, un effet en cascade qui finit toujours au même endroit : sur la fiche de paie ou le ticket de caisse du consommateur.

Comments

Popular posts from this blog

Une caricature de Mahomet dans un examen de français crée un tollé au Manitoba

Le ministère de l'Éducation au Manitoba a supprimé une partie d'un examen en français destiné aux élèves de la 12 e année en immersion. Cette décision a été prise après que des inquiétudes aient été exprimées au sujet d'une image potentiellement offensante qui se trouvait dans le cahier de test. Des élèves se sont même vu offrir de ne pas faire l'examen. Une photo d'une personne tenant une image controversée de Charlie Hebdo avec une caricature du prophète Mahomet, datant de 2011, faisait partie de l'examen. Cette épreuve avait comme thème La liberté d’expression: un bien ou un mal? . Les élèves avaient pour consigne d'écrire un texte argumentatif, en s’appuyant sur plusieurs documents inclus dans la trousse d'examen. Shahania Siddiqui, une défenseuse de longue date de l'éducation contre l'islamophobie, estime que l'utilisation de la caricature est une grave erreur de jugement. J'ai été vraiment ...

Droits de douane : Moins de Scénarios "Catastrophiques" des Entreprises Canadiennes

OTTAWA — Les entreprises sensibles aux échanges commerciaux ont indiqué à la Banque du Canada qu'elles sont globalement moins préoccupées par la réalisation de leurs «scénarios les plus pessimistes» qu'au début de l'année, selon une haute responsable de la banque centrale. La sous-gouverneure Sharon Kozicki s'adressait jeudi à l'Institut C.D. Howe à Toronto, un jour après que la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,75 %. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, avait mentionné mercredi que la forte incertitude persistante liée au conflit commercial avec les États-Unis constituait un facteur important qui maintenait la banque centrale en suspens en attendant de plus amples informations sur les répercussions imminentes sur l'économie et l'inflation. Mme Kozicki a expliqué que la Banque du Canada s'appuyait davantage sur des sources de données non traditionnelles pour prendre ses décisions, notamment des enquêtes auprès ...

Un élève du CFP Harricana portera les couleurs du Canada au Mondial des métiers

Un élève du Centre de formation professionnelle (CFP) Harricana représentera le Canada au Mondial des Métiers à Shanghai, en septembre 2026. Félix Lafrance s’est qualifié lors des Olympiades canadiennes des métiers et des technologies disputées du 28 au 31 mai à Regina, en Saskatchewan. Bien qu’il soit médaillé de bronze, Félix Lafrance a obtenu le meilleur résultat en Tournage CNC, un procédé d’usinage, parmi les compétiteurs en âge d’aller au Mondial. Je suis vraiment content de m'être qualifié. J'étais un peu surpris quand j’ai été nommé pour aller sur le podium parce que selon moi, mes morceaux étaient ordinaires. Mais j’ai été encore plus surpris quand j’ai su que c'est moi qui allais à Shanghai , raconte-t-il. Il faut dire qu’il est ressorti déçu de sa première épreuve des Olympiades canadiennes, où il a dû confectionner une pièce en fraisage numérique. Il s’est toutefois ressaisi et a très bien fait à l’épreuve du tournage, le lendemain. Au...