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Luc Monty défend le plan de Québec auprès de Moody’s : « Il faut rester sur la bonne voie »

Le directeur général de la Ville, Luc Monty, se déplacera bientôt à Toronto pour convaincre l'agence de notation Moody's de maintenir la cote de la Ville de Québec, malgré la mauvaise performance financière du Québec .

La Ville de Québec est cotée par une seule agence sur les marchés : Moody's . La notation de crédit de la Ville de Québec est établie Aa2. Elle n'a pas bougé depuis 2011.

Les agences évaluent notre niveau d'endettement global , explique Luc Monty dans sa toute première entrevue accordée à un média depuis son entrée en fonction à la Ville de Québec, en 2018. Une bonne cote de crédit permet d'emprunter sur les marchés à meilleurs taux.

Le dossier de la Ville de Québec s'est grandement amélioré depuis 15 ans. Cette stabilité dans les résultats, c'est ce qui intéresse les agences, souligne le directeur. Ils veulent entendre qu'on a respecté notre plan et nos objectifs année après année.

La Ville a mis en place un premier cadre financier sous l'administration Labeaume. Le maire Marchand l'a renouvelé en proposant des cibles encore un peu plus ambitieuses. Pour Luc Monty, c'est la seule façon de se qualifier parmi les meilleures villes au pays et de prendre ses distances par rapport au gouvernement du Québec qui agit encore comme un endosseur pour la Ville de Québec sur le marché de l'emprunt.

Une partie de la notation de la ville s'appuie sur le gouvernement du Québec. Dans certains cas, comme à Ottawa, la ville fait mieux que la province de l'Ontario. Cet objectif-là est atteignable , croit-il.

Investir sans s'endetter

Les agences basent leur évaluation sur plusieurs critères. Elles ne veulent pas connaître la nature des investissements, mais savoir s'ils compromettent l'équilibre budgétaire. C'est à nous d'en faire la démonstration , plaide Luc Monty.

Le plus haut fonctionnaire à la Ville de Québec, qui ne se déplace jamais sans sa calculatrice en main, reconnaît que la récente décote du gouvernement du Québec a pu avoir un impact sur la perception de la situation financière de la Ville de Québec.

Le projet de tramway devrait cependant être un atout . Luc Monty rappelle que la Ville de Québec a décidé de mettre de l'argent de côté dans les prochaines années pour payer comptant sa part d'investissement du projet , évaluée à 675 millions de dollars. Aucun emprunt n'est nécessaire.

Pour l'instant, seule l'agence de notation Standard & Poors a envoyé le signal que la cote du Québec serait abaissée. Il ne devrait y avoir de recul si Moody's ne recule pas sur la cote du Québec , plaide M. Monty qui croit qu'il serait surprenant que la Ville soit touchée.

On n'est jamais trop prudent, donc il faut faire notre travail et être prêt. On est content d'aller expliquer nos résultats , ajoute-t-il tout de même.

La décision sera connue à la fin de l'été.

La province s'est éloignée de son plan de match

Le directeur général de la Ville de Québec a une longue feuille de route. Originaire de Montréal, il a passé 32 ans au ministère des Finances du Québec dans la Vieille Capitale, dont sept comme sous-ministre, où il a travaillé sous trois gouvernements.

Il a participé à l'élaboration du fonds des générations pour réduire le poids de la dette du Québec. Un levier qui aura permis à la province, 10 ans plus tard, de rehausser sa cote auprès des agences de notation. En 2018, quand Luc Monti a quitté ses fonctions pour faire le saut à la Ville de Québec, le Québec nageait en plein surplus. La situation financière était sur une bonne voie.

La décision récente de l'agence Standard & Poors d'abaisser la cote du Québec est à ses yeux un signal qu'il ne faut pas ignorer. Sans trop vouloir s'aventurer sur le terrain politique, il dit toutefois que le gouvernement du Québec a pris des décisions qui l'ont éloigné du plan de match initial. C'est un changement de cap par rapport aux améliorations qu'il y avait eu dans les dernières années et il y a un redressement à faire , soutient le directeur général.

Il remarque la tendance des gouvernements à faire des déficits à répétition. Il y a toujours de bonnes raisons pour faire un déficit, mais on ne peut pas faire cela à moyen ou long terme. Ça prend un plan et il faut se sortir de cette situation-là.

Prévisibilité et stabilité

Après avoir passé au travers d'une pandémie et des mois d'inflation, il perçoit la hausse des tarifs douaniers par le président américain comme une nouvelle attaque . Cette décision aura un impact sur la croissance économique de la région.

En décembre, la Ville avait déjà prévu une hausse modeste de 1,4 % de la croissance pour l'année 2025. Les tarifs pourraient la réduire de 0,5 % et s'ils sont maintenus, de 1,5 % l'an prochain.

Ce qui nous nuit, ce sont les contre-tarifs quand la Ville de Québec s'approvisionne aux États-Unis. Mais c'est moins de 1 % de nos acquisitions de biens et services , assure Luc Monty.

Le directeur général craint surtout les effets indirects de la crise des tarifs, comme des pertes d'emplois qui pourraient provoquer des ralentissements dans les investissements. Il regarde surtout les mises en chantier et les demandes de permis de construction . Avec la réduction des taux d'intérêt, on était en phase d'accélérer la croissance économique. Les tarifs de Trump sont venus contrecarrer nos efforts.

Dans ce contexte, il estime que la Ville de Québec a un rôle à jouer. On est une force économique au Canada, il faut jouer notre rôle de leader , expose-t-il.

Luc Monty souligne que la Ville est un acteur important avec un budget de fonctionnement de deux milliards de dollars et des investissements de 750 millions de dollars. Notre action économique est de 2,7 milliards de dollars, c'est 5 % de la région.

Il croit qu'il faut rappeler aux entrepreneurs que la Ville de Québec a quelques atouts. C'est le deuxième endroit au pays où les coûts pour les entreprises sont les moins élevés.

Les 18 projets immobiliers accélérés , annoncés récemment, qui représentent plus de 800 millions d'investissement, servent aussi à lancer le message qu'il y a une activité économique bien vivante à Québec.

Créer de la richesse

Créer un environnement favorable pour les entrepreneurs fait partie des conditions pour assurer à la Ville de Québec de se maintenir en tête de peloton. Il faut se maintenir en position pour créer de la richesse. Si on ne le fait pas, on ne pourra pas avoir de services publics à la hauteur de ce que l'on veut , souligne Luc Monty.

C'est ce qui aura défini son engagement tout au long de sa carrière. Je crois profondément à cela. Si on veut s'occuper des personnes plus vulnérables, il faut que notre ville se développe.

Il est d'avis que les impôts fonciers, qui constituent la majorité des revenus de la Ville de Québec, sont une bonne source de richesse pour les villes. Il estime que les autres outils de diversifications des revenus accordés par le gouvernement du Québec donnent des résultats limités.

Quant à demander plus de revenus aux gouvernements supérieurs, il n'y croit pas. Ce n'est pas demain la veille , laisse-t-il tomber. Dans leur situation, comment pourrait-il se priver de sources de revenus?

Luc Monty insiste toutefois pour dire que la Ville peut se charger de débourser des sommes pour assurer les services municipaux comme la cueillette des déchets ou le déneigement, mais parfois les enjeux dépassent ces compétences. Quand ce sont des problèmes sociaux, comme l'itinérance ou le crime organisé, on a besoin de l'aide des gouvernements , illustre-t-il.

Malgré son immense discrétion sur la place publique, Luc Monty n'hésite jamais à défendre ses décisions. Il est loin du modèle du fonctionnaire qui se cache derrière les politiciens pour ne pas répondre aux questions. À l'hôtel de ville, il intervient régulièrement au conseil municipal pour rectifier le tir ou apporter des nuances qui échappent aux élus. Lors des conférences de presse, il se prête au jeu de répondre aux questions des journalistes, sans détour.

Il met au défi ceux qui critiquent la Ville ou ses finances. Si des gens ont des choses à dire, qu'ils le disent et qu'ils le prouvent.

Il reconnaît qu'il reste un fond de scepticisme parce qu'il y a eu de mauvaises expériences , mais il invite les gens à bien s'informer.

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