Skip to main content

Luc Chatel : "Inquiet pour l'avenir de notre industrie en Europe"

L’ancien ministre milite pour davantage de souplesse dans le processus d’électrisation du parc automobile sur le vieux continent.

Ancien ministre de l’Éducation sous les gouvernements François Fillon, Luc Chatel préside aujourd’hui la Plateforme Automobile (PFA), qui rassemble les acteurs de la filière automobile en France, dont elle porte la voix.

Invité au micro de RMC, ce dernier s’est exprimé au sujet de l’échéance imposée par l’Union Européenne pour l’arrêt de la vente des véhicules à moteur thermique, fin 2035 , insistant sur le fait qu’il est périlleux d’imposer la technologie électrique aux consommateurs dans un délai aussi restreint.

"Les consommateurs sont très attachés au choix (…), et donc quand on leur impose une solution unique, ils râlent, et donc le marché s’en ressent" , a ainsi indiqué l’ancien ministre. "Si le marché est à l’arrêt, et si on s’enfonce dans une crise structurelle, c’est parce que les consommateurs sont dans l’incertitude, reportent leur décision d’achat, notamment parce qu’ils ne savent pas très bien quel véhicule acheter aujourd’hui."

On a imposé cette solution unique, on a juste oublié qu’à la fin si on voulait y arriver, il fallait qu’il y ait des consommateurs qui achètent des voitures, et on n’a pas pensé à eux. On s’est aperçu que finalement, les consommateurs, il leur fallait du temps pour changer leurs habitudes.

"L’Europe a considéré qu’il fallait qu’elle change de technologie en matière automobile, et a pris une décision réglementaire qu’elle a imposée à l’ensemble des industriels de la filière", continue Luc Chatel. "Alors qu’eux-mêmes avaient engagé de gros efforts, en matière de réduction des émissions de CO2, de lutte contre le réchauffement climatique."

"On a imposé cette solution unique, on a juste oublié qu’à la fin si on voulait y arriver, il fallait qu’il y ait des consommateurs qui achètent des voitures, et on n’a pas pensé à eux. On s’est aperçu que finalement, les consommateurs, il leur fallait du temps pour changer leurs habitudes."

Ces derniers mois, une révision de la date butoir de fin 2035 a été évoquée, des discussions devant reprendre entre les différents acteurs de l’industrie et les institutions européennes et gouvernementales.

Lire aussi

  • L’Assemblée vote la suppression des Zones à Faibles Emissions (ZFE)
  • Un sénateur déplore "le désengagement du gouvernement" envers la voiture à hydrogène

"La date qui est aujourd’hui dans le règlement, fin de la vente des voitures à moteur thermique fin 2035, aujourd’hui nous ne la tenons pas", poursuit Luc Chatel. "En termes de part de marché qu’il faudrait atteindre [aujourd’hui] pour être à 100% de ventes de véhicules électriques en 2035, avec les ventes que l’on connaît, on ne la tient pas. On a vendu moins de voitures électriques en 2024 qu’en 2023, la part de marché stagne, et le volume baisse."

Un essoufflement de l’intérêt pour l’électrique, qui accompagne une période difficile pour le marché automobile en France, alors qu’une baisse de 12% des ventes a été enregistrée en mai par rapport à la même période il y a un an. Dans le même temps, l’industrie européenne dans son ensemble doit faire face à l’arrivée massive de véhicules électriques produits en Chine, la marque BYD notamment, explosant tous les records avec une progression massive de ses ventes ces derniers mois, pour devenir le premier constructeur électrique.

L'Union Européenne a fixé à 2035 la fin de la vente des véhicules à moteur thermique. Un délai bientôt rediscuté ?

"Je suis inquiet sur l’évolution de notre industrie en Europe… elle n’est pas éternelle", conclut le président de la Plateforme Automobile . "Il y a des tas d’industries qui ont disparu en Europe au moment de grandes transformations, et notre industrie en Europe n’est pas à l’abri. On a aujourd’hui des Chinois qui font des voitures de grande qualité, qui sont à bas coûts, qui vont nous envahir, et c’est à ce moment-là qu’on nous demande de faire la plus grande transformation de notre histoire, et de changer notre modèle."

"On vient bien que, au début en France, on a eu un frémissement, un attrait, et aujourd’hui ça stagne. Donc a un énorme sujet qui est comment on réalise cette transition."

"Nous pensons qu’il faut remettre de la souplesse. Il faut laisser le temps de faire de la pédagogie, d’expliquer. L’électrique est certainement le meilleur moyen pour décarboner les transports, c’est un confort de conduite exceptionnel. Simplement, il faut laisser le temps pour s’adapter, il faut des bornes de recharge, laisser le temps aux industriels."

Comments

Popular posts from this blog

Une caricature de Mahomet dans un examen de français crée un tollé au Manitoba

Le ministère de l'Éducation au Manitoba a supprimé une partie d'un examen en français destiné aux élèves de la 12 e année en immersion. Cette décision a été prise après que des inquiétudes aient été exprimées au sujet d'une image potentiellement offensante qui se trouvait dans le cahier de test. Des élèves se sont même vu offrir de ne pas faire l'examen. Une photo d'une personne tenant une image controversée de Charlie Hebdo avec une caricature du prophète Mahomet, datant de 2011, faisait partie de l'examen. Cette épreuve avait comme thème La liberté d’expression: un bien ou un mal? . Les élèves avaient pour consigne d'écrire un texte argumentatif, en s’appuyant sur plusieurs documents inclus dans la trousse d'examen. Shahania Siddiqui, une défenseuse de longue date de l'éducation contre l'islamophobie, estime que l'utilisation de la caricature est une grave erreur de jugement. J'ai été vraiment ...

Droits de douane : Moins de Scénarios "Catastrophiques" des Entreprises Canadiennes

OTTAWA — Les entreprises sensibles aux échanges commerciaux ont indiqué à la Banque du Canada qu'elles sont globalement moins préoccupées par la réalisation de leurs «scénarios les plus pessimistes» qu'au début de l'année, selon une haute responsable de la banque centrale. La sous-gouverneure Sharon Kozicki s'adressait jeudi à l'Institut C.D. Howe à Toronto, un jour après que la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,75 %. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, avait mentionné mercredi que la forte incertitude persistante liée au conflit commercial avec les États-Unis constituait un facteur important qui maintenait la banque centrale en suspens en attendant de plus amples informations sur les répercussions imminentes sur l'économie et l'inflation. Mme Kozicki a expliqué que la Banque du Canada s'appuyait davantage sur des sources de données non traditionnelles pour prendre ses décisions, notamment des enquêtes auprès ...

Un élève du CFP Harricana portera les couleurs du Canada au Mondial des métiers

Un élève du Centre de formation professionnelle (CFP) Harricana représentera le Canada au Mondial des Métiers à Shanghai, en septembre 2026. Félix Lafrance s’est qualifié lors des Olympiades canadiennes des métiers et des technologies disputées du 28 au 31 mai à Regina, en Saskatchewan. Bien qu’il soit médaillé de bronze, Félix Lafrance a obtenu le meilleur résultat en Tournage CNC, un procédé d’usinage, parmi les compétiteurs en âge d’aller au Mondial. Je suis vraiment content de m'être qualifié. J'étais un peu surpris quand j’ai été nommé pour aller sur le podium parce que selon moi, mes morceaux étaient ordinaires. Mais j’ai été encore plus surpris quand j’ai su que c'est moi qui allais à Shanghai , raconte-t-il. Il faut dire qu’il est ressorti déçu de sa première épreuve des Olympiades canadiennes, où il a dû confectionner une pièce en fraisage numérique. Il s’est toutefois ressaisi et a très bien fait à l’épreuve du tournage, le lendemain. Au...