OTTAWA — Les entreprises sensibles aux échanges commerciaux ont indiqué à la Banque du Canada qu'elles sont globalement moins préoccupées par la réalisation de leurs «scénarios les plus pessimistes» qu'au début de l'année, selon une haute responsable de la banque centrale.
La sous-gouverneure Sharon Kozicki s'adressait jeudi à l'Institut C.D. Howe à Toronto, un jour après que la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,75 %.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, avait mentionné mercredi que la forte incertitude persistante liée au conflit commercial avec les États-Unis constituait un facteur important qui maintenait la banque centrale en suspens en attendant de plus amples informations sur les répercussions imminentes sur l'économie et l'inflation.
Mme Kozicki a expliqué que la Banque du Canada s'appuyait davantage sur des sources de données non traditionnelles pour prendre ses décisions, notamment des enquêtes auprès des entreprises et des consommateurs.
Avant les décisions de taux de mercredi, elle a indiqué que les consultations menées par la banque centrale auprès des entreprises des secteurs particulièrement touchés par les échanges commerciaux avaient été instructives.
Bien que ces entreprises anticipent encore globalement un ralentissement de l'activité économique dans les mois à venir, Mme Kozicki a souligné que «dans l’ensemble, par rapport aux échos reçus plus tôt cette année, les entreprises trouvaient beaucoup moins probable que leurs scénarios les plus pessimistes se concrétisent».
«Il y avait moins d’anticipations catastrophiques, bien que l’incertitude reste élevée», a-t-elle ajouté.
La Banque du Canada a commencé à s'appuyer sur des sources de données non traditionnelles, comme les réservations de restaurants et les transactions par carte de crédit, pour obtenir des informations plus pertinentes dès le début de la pandémie de COVID-19, a précisé Mme Kozicki, lorsque les données rétrospectives sur le commerce de détail n'ont pas permis de saisir les perturbations.
Dans le contexte actuel, le suivi de données plus détaillées, comme le volume de camions traversant la frontière canado-américaine, peut donner aux décideurs monétaires un aperçu nuancé de l'impact des droits de douane sur les importations et les exportations entre les deux pays, selon elle.
«Aujourd’hui, face à un conflit commercial mondial, nous continuons d’utiliser des données non traditionnelles, et nous le faisons même davantage», a fait savoir Mme Kozicki.
À l'approche de la décision de la Banque du Canada sur les taux d'intérêt en mars, qui est intervenue au tout début de l'application des droits de douane, avant que les exemptions générales n'apportent à la fois clarté et confusion, elle a mentionné que la banque centrale avait «énormément tenu compte» des données d'enquête pour éclairer sa décision de réduire le taux directeur d'un quart de point.
Selon Mme Kozicki, si les données macroéconomiques traditionnelles peuvent donner «une vue d’ensemble», cela pourrait signifier que la banque centrale ne tient pas compte de «l’effet des conditions économiques tel qu’il se fait sentir par différents ménages et entreprises».
«Ces données nous donnent une idée d’ensemble, mais pas forcément tous les détails. Et nous voulons être en mesure de tout voir», a soutenu Mme Kozicki.
Plus récemment, la Banque du Canada a renoncé à publier une prévision unique et centrale pour l'économie dans son rapport sur la politique monétaire, proposant plutôt deux «scénarios» illustratifs de l'évolution possible de la situation des droits de douane.
M. Macklem avait indiqué mercredi qu'il s'attend toujours à ce que la Banque du Canada soit moins prospective que d'habitude dans l'élaboration de la politique monétaire.
La prochaine décision de la banque centrale sur le taux directeur et son prochain rapport sur la politique monétaire sont attendus le 30 juillet.
Craig Lord, La Presse Canadienne
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