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Devenir prof de français en 30 min? Oui, c'est possible! Voici comment.

Le 3 juin 2025 , l’ académie de Dijon a lancé une expérimentation inédite : permettre à des personnes non titulaires de devenir prof de français en trente minutes, à travers un entretien express débouchant sur une attestation temporaire d’enseignement. Une démarche officiellement pensée pour répondre à l’urgence de la rentrée 2025-2026 , mais qui provoque une levée de boucliers, tant chez les syndicats que dans les salles des profs. Le mot-clé « devenir prof sans diplôme France » s’invite ainsi dans l’actualité, cristallisant les inquiétudes d’un secteur sous pression.

Une réponse à la crise de recrutement enseignants 2025 : efficace ou caricaturale ?

L’expérimentation mise en place par le rectorat de Dijon cible une réalité devenue banale : l’ absence chronique d’enseignants de français dans les collèges et lycées. L’académie recense actuellement soixante classes sans professeur de français .

Face à cette urgence, les services rectoraux ont décidé d’aller au plus court : un oral de trente minutes , destiné à évaluer les "compétences disciplinaires et pédagogiques" du candidat. À la clé, une attestation intitulée « Enseigner le français » , délivrée sur décision d’un jury interne et valable un an , sans nécessité de détenir un diplôme en enseignement ni même d’avoir validé le Capes ou l’agrégation.

La sélection se fait sur dossier (CV, lettre de motivation), puis sur la base d’un échange oral devant une commission. Cette procédure accélérée s’inscrit dans un contexte de crise de recrutement enseignants 2025 , marqué par une désaffection croissante pour les concours de l’Éducation nationale. Lors de la dernière session, plus de 3 000 postes n'ont pas trouvé preneur , et l’académie de Dijon a elle-même connu une suppression de sept postes d’enseignants de lettres .

"Des profs au rabais" ? Les syndicats vent debout contre l’expérimentation

Du côté des syndicats, la riposte est immédiate. Le Snes-FSU , principal syndicat du second degré, dénonce une dérive grave du système de recrutement. Philippe Bernard, secrétaire académique, fustige : « Ce n’est pas sérieux. Comment prétendre former des citoyens en recrutant ainsi des enseignants au rabais ? »

Même son de cloche à l’ Unsa Éducation Dijon , où Maxime Lacroix s’indigne : « Le recrutement en trente minutes d’un prof de français, c’est une réponse d’urgentiste, pas une politique éducative » . Il évoque un processus « flou, sans grille d’évaluation connue, sans validation pédagogique sérieuse », qui place des enseignants non titulaires face à des élèves sans accompagnement réel.

Les syndicats rappellent que l’exercice du métier d’enseignant ne se résume pas à un savoir disciplinaire, mais engage une maîtrise des programmes, des progressions, de la gestion de classe, et des valeurs républicaines . Autant de dimensions impossibles à cerner en une demi-heure d’entretien, même conduit par des inspecteurs expérimentés.

Enseignement du français sans Capes : une brèche ouverte dans le statut enseignant

Si le dispositif reste limité pour l’instant à l’académie de Dijon, il pourrait bien ouvrir une brèche durable dans l’architecture des concours de l’Éducation nationale. L’enseignement du français sans Capes n’est plus une aberration ponctuelle : c’est désormais une modalité encadrée, quoique transitoire, validée par la hiérarchie.

Interrogée le 5 juin sur RTL, la Première ministre Élisabeth Borne a confirmé que l’expérimentation répond à une nécessité d’ ajustement pragmatique . « On vérifiera leurs compétences en amont et ils seront accompagnés », a-t-elle assuré. Le gouvernement assume donc un pilotage par la pénurie, préférant des remplaçants rapides à des absences prolongées devant élèves.

Mais cette stratégie interroge : que devient la valeur du concours dans ce contexte ? Sur le site devenirenseignant.gouv.fr , les épreuves du Capes externe affichent six heures d’épreuve disciplinaire écrite, un oral pédagogique en deux temps (préparation de 3 heures, passage de 1 heure), et une évaluation rigoureuse du parcours du candidat. L’agrégation, encore plus exigeante, semble reléguée aux oubliettes face à l’urgence du terrain.

À Dijon, un recrutement Education nationale qui interroge jusque dans les salles des profs

Au sein même des établissements scolaires, le ressenti est ambivalent. Certains chefs d’établissement accueillent favorablement la démarche, espérant au moins éviter des semaines de "trous" dans les emplois du temps . D'autres, plus sceptiques, redoutent une explosion des inégalités territoriales : les élèves des académies en tension seraient ceux à qui l’on imposerait les enseignants les moins formés.

La rentrée scolaire 2025-2026 pourrait ainsi voir cohabiter trois profils : les titulaires issus des concours, les contractuels expérimentés, et désormais les enseignants non titulaires certifiés en 30 minutes . Une hétérogénéité statutaire inédite, que plusieurs observateurs jugent préoccupante.

Le rectorat de Dijon précise que les candidats sélectionnés bénéficieront d’un accompagnement pédagogique , sans en préciser la forme ni la durée. Rien n’indique non plus si l’attestation pourra être renouvelée, ni si elle donne droit à un CDI, comme pour certains contractuels après six ans.

Une politique d’urgence qui risque de faire école

À la frontière du bricolage et de l’innovation, cette expérimentation révèle un point de rupture dans le pilotage de l’Éducation nationale . Le fait qu’un rectorat puisse lancer un tel dispositif sans encadrement législatif clair souligne le degré de tension atteint.

À défaut de revalorisation salariale, d’amélioration des conditions de travail ou de campagnes de recrutement attractives, c’est donc par le biais d’une attestation express que l’État répond à la pénurie. Une stratégie qui pourrait s’étendre si aucune autre réponse structurelle n’émerge.

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